6 et 9

Ce sont les deux chiffres de l'expertise collective de l'Inserm sur les pesticides. Pas une tribune, pas une opinion : plus de 5 300 documents scientifiques analysés par un groupe pluridisciplinaire — épidémiologie, toxicologie, expologie, sociologie.

Santé — exposition professionnelle

Chez les personnes professionnellement exposées — agriculteurs, applicateurs, ouvriers de l'industrie phytosanitaire — l'expertise établit un niveau de présomption (le terme employé par le rapport lui-même) pour chaque pathologie étudiée.

Graphique : nombre de pathologies par niveau de présomption, exposition professionnelle aux pesticides, Inserm 2021

Source : Inserm (2021), "Pesticides et effets sur la santé — Nouvelles données", résumé p. IX-X

Présomption forte pour 6 pathologies : lymphomes non hodgkiniens, myélome multiple, cancer de la prostate, maladie de Parkinson, troubles cognitifs, BPCO et bronchite chronique.
Présomption moyenne pour 9 autres : maladie d'Alzheimer, troubles anxio-dépressifs, plusieurs cancers (leucémies, système nerveux central, vessie, rein, sarcomes des tissus mous), asthme et sifflements respiratoires, pathologies thyroïdiennes.

Ceux qui manipulent ces produits sont ceux qui les prennent en pleine figure. Les agriculteurs ne sont pas les accusés de cette histoire : ils en sont les premiers exposés.

Biodiversité — des populations en déclin

L'expertise collective INRAE-Ifremer (2022, 138 pages, ~4 500 références) identifie les pesticides comme l'une des causes majeures du déclin de plusieurs groupes d'espèces en France, en interaction avec d'autres pressions (intensification agricole, homogénéisation des paysages, destruction d'habitats, changement climatique).

Graphique : espèces menacées ou en déclin en France, par groupe taxonomique, INRAE-Ifremer 2022

Source : INRAE-Ifremer (2022), listes rouges UICN France (2016) et Sanchez-Bayo & Wyckhuys (2019) pour les insectes (Europe)

Deux métriques différentes, pas comparables terme à terme : le statut de menace (une photo à un instant donné, UICN) et la tendance de population (une direction d'évolution). Les amphibiens illustrent bien la différence : 23% des espèces sont classées menacées, mais 60% ont une tendance de population en déclin.

Aucun des deux rapports n'attribue ces impacts à un seul produit : ce sont des expertises transversales, toutes familles de pesticides confondues, qui pèsent le niveau de preuve scientifique disponible plutôt que d'affirmer une causalité automatique.

Sources

  • Inserm - Pesticides et effets sur la santé, nouvelles données (2021)
  • INRAE-Ifremer - Impacts des produits phytopharmaceutiques sur la biodiversité (2022)
  • UICN France - Listes rouges des espèces menacées